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Site officiel de l'auteur érotique : Octavie Delvaux

De l’épreuve des épreuves

photo-epreuveLa relecture d’épreuves, ou devrais-je dire la validation des corrections pointées par le relecteur, fait partie des étapes essentielles dans l’élaboration d’un livre. C’est souvent un motif de réjouissance, car cela marque la « presque » fin du travail. On sent arriver l’aboutissement, le produit fini, et c’est tout à la fois gratifiant et stimulant. Mais c’est aussi un gros travail qui demande patience, concentration, recul et esprit de synthèse.

Là, je dirais que j’ai énoncé les généralités, que tout auteur pourrait rédiger.

Pour moi, cette phase est d’autant plus douloureuse qu’elle me renvoie à mon passé d’écolière. Je vous explique : quand je reçois le manuscrit annoté, et que je constate avec horreur la quantité invraisemblable de « rouge » sur les feuillets, je ressens cette honte, cette déception mêlée de résignation, qui ont été mon lot d’élève nulle en orthographe. Car oui, je n’ai pas honte de le dire, j’ai passé toute ma scolarité à redouter le jour de la dictée, mais plus encore celui de la remise des copies, car immanquablement la mienne me revenait barbouillée de rouge et j’obtenais des notes catastrophiques, le plus souvent proches du zéro, quand ce n’était pas carrément le zéro. Ma seule consolation était de ne pas être la seule dans cette barque d’infortune, nous étions toujours une poignée d’irréductibles, des hermétiques à la règle grammaticale et autres étrangetés de la langue française. Tandis que j’étais plutôt une bonne élève dans toutes les autres matières et plus particulièrement en rédaction et en poésie, je trainais comme un boulet ma nullité en orthographe, toujours stipulée sur mes bulletins scolaires :

dictée« attention à l’orthographe », « dommage pour l’orthographe », « des efforts à fournir en orthographe » et j’en passe… Des efforts, j’en faisais. Des livres, j’en lisais. Oui, mais voilà, ça ne rentrait pas. Les doublements de consonnes étaient mes bêtes noires, les conjugaisons, une invention de Satan. Si on m’avait dit à cette époque que plus tard j’écrirais des livres, j’aurais eu peine à le croire, et mes professeurs, encore plus.

Il faut dire, à ma décharge, que je me suis améliorée avec le temps. Bizarrement, c’est quand « la dictée » a été évacuée des exercices scolaires (au lycée, donc), que j’ai commencé à progresser, à soudainement comprendre et intégrer des choses qui jusqu’alors m’avaient semblé fort obscures. J’ai eu des déclics. Ne vous méprenez pas : je ne suis jamais devenue un as, je reste encore moyenne en orthographe et je sais gré à Word et à Antidote d’exister pour m’épauler quotidiennement dans mon travail.

Pour en revenir au présent, lorsque je reçois mon manuscrit annoté par la correctrice, et que je me penche sur les différentes fautes d’orthographe et de typo signalées, je me dis, souvent, comme en mes jeunes années : « mais oui, bien sûr, comment n’as-tu pas vu ça ? », parfois j’apprends des choses : « ah bon, il y a un « s » à salle de bains », mais quoi qu’il en soit, j’ai toujours un peu honte, j’imagine les gros yeux de la correctrice penchée sur mon manuscrit, je me la figure épuisée, au bord de la crise de nerfs, les doigts en compote à force de manier le stylo rouge (je profite de cet article pour remercier la correctrice de La Musardine pour sa précision et sa patience d’ange). Oui, je sais, j’en fais trop, mais c’est plus fort que moi, je ressens cet embarras, ce désir de m’ensevelir sous terre qui était le mien lorsque la maîtresse, sans doute dans un délire sadique, faisait venir les élèves auprès d’elle pendant qu’elle corrigeait leur copie et que je redoutais ses soupirs désapprobateurs, ses regards foudroyants et surtout, surtout, le tintement de ses bracelets chaque fois que sa main s’abattait pour barrer, entourer, souligner rageusement mes multiples fautes.

Toute honte bue, j’en reviens au cœur du sujet, à savoir la validation (ou pas) des propositions faites par le correcteur concernant, par exemple, le style, la rédaction, les choix narratifs, etc… Car après tout, concernant l’orthographe, il n’y a pas de débat, on barre, on remplace et basta.

Je vais vous faire un second aveux : je suis, en plus d’un cancre en orthographe, atteinte d’une terrible maladie : l’indécision aiguë. Je ne sais pas choisir.

Vous connaissez tous cette fille qui, par exemple, à la pizzeria hésite vingt minutes entre la reine et la quatre saisons, tout en disant que quand même la quatre fromages elle doit être pas mal aussi, et puis soudain elle voit passer une del mare, et dans un élan de folie, elle commande une del mare. Mais son calvaire ne s’arrête pas là, pendant tout le temps qu’elle attend sa commande, elle maudit son choix « qu’est-ce qui m’a pris ? J’aurais dû prendre une quatre-saisons, et si j’allais demander à changer.. », mais trop tard, la pizza arrive, et en la voyant, elle a les larmes aux yeux, car son voisin déguste une reine et en fait c’est celle-là qu’elle voulait, maintenant, elle en est sûre. Sauf qu’en quittant le resto, elle fait remarquer : « bon, la prochaine fois, pas de chichis, j’essaie la quatre fromages ».

Bref, cette nana insupportable qu’on voudrait juste faire taire en lui plongeant la tête dans sa putain de pizza, c’est moi.

Alors, imaginez un peu mon désarroi face à un manuscrit plein de propositions en tout genre. Vous avez écrit quelque chose, opté pour un mot plutôt qu’un autre (et c’était déjà le résultat d’un choix !) et l’on vous suggère autre chose, vous êtes libre d’accepter ou pas, en somme il faut CHOISIR ! Et ce calvaire se répète sur des pages et des pages…

Je noircis le tableau, il y a aussi plein d’aspects sympas dans ces corrections. On apprend des choses (qu’avec un peu de chance, on n’oubliera pas), on s’enrichit, et, et… dans le domaine érotique, on tombe parfois sur des perles dans la marge, comme on aurait aimé en trouver à l’école, des perles du genre : « il est dans son cul ou dans sa chatte ? » « deux chapitres plus tôt, on a dit qu’ils organisaient des partouzes », « il a joui ou pas ? » enfin vous voyez ? à chaque épreuve, ses distractions…

 

 

2 Commentaires

  1. Chouette article. Sincère. Amusant.

    Cependant Mademoiselle Delvaux, si vous me le permettez, j’aurais quelques remarques à faire quant à votre copie: ;-)

    « mais c’est plus fort ce que moi » => le « ce »? Coquille j’imagine, simple oubli de relecture sans doute…
    « on remplace est basta » => Révisez la règle du « est/et » je vous prie…
    Et la conclusion un brin trop brève (où la ponctuation est mal adaptée) nous laisserait presque sur notre faim.

    Néanmoins, merci de m’avoir appris le « s » de salle de bains et le savoir gré dont je saurais vous être gré bien entendu.

    Orthographiquement vôtre,
    Dom

    • Oups ! Erreurs corrigées Dom Wolf.

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